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Creuser en profondeur : ce que l’expérience de l’Indonésie en matière de réduction des émissions révèle sur la lutte contre la déforestation

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Une étude récente menée par une équipe d’économistes de l’environnement de la London School of Economics et de l’Université d’Exeter examine si la promesse de la Norvège de contribuer à hauteur de 300 millions de dollars par an à la « réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts » (REDD+) a porté ses fruits au niveau local. Dans les accords signés lors de la Conférence des Parties (COP-13) de 2007 à Bali, la Norvège s’était engagée à verser cette somme dans le cadre d’accords bilatéraux avec des pays tropicaux comme le Brésil, la Guyane, la Tanzanie et l’Indonésie, en échange de leurs efforts pour atténuer le réchauffement climatique.

La COP est une conférence annuelle de tous les pays membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), et constitue « l’organe de décision suprême de la Convention ». La première COP s’est tenue à Berlin, en Allemagne, en 1995 et a depuis été convoquée chaque année. La COP de cette année (COP-27) se tiendra en Égypte.

La REDD+ constitue un jalon important dans l’histoire des COP. Adopté lors de la 13e conférence des parties (COP-13) à Bali, le mécanisme REDD+ vise à « réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts », le « + » faisant référence à « l’augmentation des stocks de carbone forestier grâce à la gestion durable des forêts ».

Dans le cadre des accords entre la Norvège et d’autres pays partenaires, la Norvège s’est engagée à verser 1 milliard de dollars pour financer les paiements REDD+ basés sur les résultats. En ce qui concerne l’Indonésie en particulier, l’un des instruments clés de ce système était le moratoire sur l’octroi de toute nouvelle licence de conversion des forêts des zones sèches et des tourbières en centres de production de bois et d’huile de palme.

Mais, selon l’étude, la méthode fonctionne-t-elle ? Après avoir versé 56,2 millions de dollars à l’Indonésie (à raison de 5 dollars par tonne d’équivalent CO₂), la Norvège en a-t-elle pour son argent ? De toute évidence, le suivi de la gestion des terres forestières a été assailli par les problèmes habituels de corruption et de faible application de la loi. Il y a aussi, comme le notent Groom et al (2022), un manque de coordination entre les différents niveaux du gouvernement.

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Et si les différences observées entre les zones sous moratoire et les zones sans moratoire reflétaient simplement les contrastes qui existaient déjà avant l’entrée en vigueur de l’accord ? Et si la déforestation mesurée n’était que le reflet de processus naturels (par exemple, les régimes climatiques) ou d’exigences économiques (par exemple, l’effondrement de la demande), et non le résultat du moratoire ?

Pour répondre à ces questions, les chercheurs ont examiné les données sur les changements forestiers mondiaux de 2004 à 2018, qui incluent également la période précédant le moratoire. Ils ont pris en compte des facteurs tels que la topographie et la proximité des marchés afin d’évaluer la probabilité que chaque zone soit soumise à une perte de forêt due à la culture du bois. Une attention particulière a été accordée à un phénomène appelé « fuite », par lequel des licences de production de bois et d’huile de palme sont accordées pour des zones situées en dehors du moratoire, alors même que ces activités cessent dans les zones sous moratoire. La fuite, comme le reconnaît l’étude, est un obstacle majeur aux efforts de conservation de la forêt, et apporte un contraste artificiel à la couverture forestière observée dans les zones sous moratoire par rapport aux zones sans moratoire.

Les résultats ne sont pas surprenants :  » globalement, la proportion de couverture forestière a diminué, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des limites du moratoire, de ∼10 à 15 points de pourcentage entre 2000 et 2018. Cependant, le déclin est beaucoup plus marqué en dehors des limites du moratoire et des zones de concession (c’est-à-dire les zones où l’agriculture était autorisée).

En comparant les forêts des zones sèches et les forêts des tourbières – les deux types de forêts étudiés ici – Groom et al (2022) trouvent que la couverture des forêts des zones sèches est comparable entre les zones de concession à l’intérieur et à l’extérieur des régions sous moratoire. Toutefois, il n’en va pas de même pour les forêts de tourbières, où la couverture est plus élevée dans les concessions situées en dehors des régions soumises à un moratoire que dans celles situées à l’intérieur. Ils concluent que les moratoires, tout en étant rentables, n’ont pas permis de protéger plus de 0,01 km2 de forêt sèche dans chaque cellule de grille de 1,2 km x 1,2 km, tandis que les estimations pour les forêts de tourbières n’étaient pas statistiquement significatives. En ce qui concerne les fuites, l’analyse n’a pas réussi à « identifier des fuites significatives du moratoire vers les zones environnantes ».

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Remettant en question le paiement de 56,2 millions de dollars de la Norvège, qui comprend les réductions résultant de la décomposition de la tourbe et des incendies de forêt évités, l’étude affirme donc que  » si l’on considère uniquement les performances, cette part du paiement pourrait être retenue à juste titre « . Le problème réside principalement dans le choix des données de référence adoptées par le partenariat indonésien-norvégien qui, selon les chercheurs, pourraient refléter des facteurs naturels et économiques sans rapport avec le programme REDD+, et donc susceptibles d’être interprétés de manière biaisée.

Le moratoire a été révoqué unilatéralement par le gouvernement indonésien en 2021 et sera probablement remplacé par d’autres initiatives REDD+. Pour pouvoir atteindre les objectifs de la contribution déterminée au niveau national (CDN), les futurs programmes doivent impliquer les petits exploitants locaux dont les activités contribuent à près d’un cinquième de la perte totale de forêts au niveau national. Enfin, les mécanismes d’allocation des fonds doivent être formalisés et consolidés davantage. Toutefois, cela dépend en grande partie des pays qui participent aux initiatives REDD+.

L’auteur est un communicateur scientifique indépendant. ([email protected])

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