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La police française fait face à des audiences disciplinaires au milieu d'un nombre élevé de féminicides

3 janvier 2022

La police française fait face à des audiences disciplinaires au milieu d'un nombre élevé de féminicides

Six policiers français comparaîtront en audiences disciplinaires le 4 janvier accusés de "fautes administratives" dans l'affaire macabre de Chahinez Daoud, tuée par son mari en mai dernier. Daoud était l'un des 113 féminicides en France en 2021, un nombre qui continue de grimper malgré des campagnes très médiatisées et des mesures gouvernementales visant à lutter contre la violence.

Tard dans l'après-midi du 4 mai 2021, Chahinez Daoud a trébuché hors de chez elle, avenue Carnot, dans le quartier aisé de Mérignac, près de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France. La mère de trois enfants de 31 ans était poursuivie par son ex-mari. Il lui a tiré plusieurs balles dans les jambes et elle est tombée au sol. Il a pris un bidon de liquide inflammable dans une camionnette garée devant leur maison, l'a aspergée avec et lui a mis le feu. Les pompiers sont arrivés peu après 18h30 mais son décès a été constaté sur les lieux.

Son ex-mari de 44 ans a pris la fuite avant l'arrivée des autorités. Il a été interpellé une demi-heure plus tard, à près de 5 kilomètres dans le quartier voisin de Pessac. Au moment de son arrestation, il était en possession d'un fusil de chasse de calibre 12, d'un fusil à plomb et d'une cartouchière.

Leurs enfants – âgés de 3, 7 et 11 ans – vivaient avec leur mère mais n'étaient pas à la maison au moment de l'attaque macabre.

Au moment du meurtre de Daoud, son ex-mari avait déjà été condamné par le tribunal correctionnel de Bordeaux, en juin 2020, pour avoir commis des « violences intentionnelles » à son encontre. Il a été condamné à 18 mois de prison mais a été libéré en décembre suivant, bien qu'il lui ait été interdit d'entrer en contact avec son ancien partenaire.

La France reste l'un des pays européens avec le plus grand nombre de féminicides par habitant. On estime qu'au moins une femme est tuée par son partenaire ou ancien partenaire tous les trois jours.

Deux mois seulement avant l'agression, Daoud avait déposé une nouvelle plainte contre son ex-mari. Mais le rapport de l'officier de police était illisible et n'a jamais été correctement transmis aux autorités judiciaires, selon un examen de l'État sur la façon dont l'affaire a été traitée.

« Il est important de savoir qu'un tiers des victimes de féminicide portent plainte auprès de la police avant d'être tuées – pourtant aucune mesure réelle n'est prise pour empêcher le crime de se produire », Maëlle Noir, membre du comité directeur national du collectif féministe français. Nous Toutes ("Nous tous"), a déclaré à FRANCE 24. "Le gouvernement français ne prend pas suffisamment de mesures pour protéger les victimes."

« Il y a un manque crucial de formation lorsqu'il s'agit de recevoir des plaintes concernant les violences basées sur le genre. Cela devrait être obligatoire pour toute personne ayant affaire à des personnes vulnérables qui viennent les voir pour signaler une attaque ou la crainte d'une attaque. »

L'officier qui a reçu la plainte de Daoud le 15 mars avait lui-même été récemment condamné pour "violences intrafamiliales habituelles", avait indiqué en juillet le parquet, confirmant un rapport publié dans l'hebdomadaire Le Canard enchaîné.

"Nous avons été informés le 24 juin par le juge de l'exécution de Bordeaux qu'un des fonctionnaires ayant reçu la plainte de Chahinez Daoud avait lui-même été condamné pour violences conjugales", a indiqué à l'AFP le parquet de Bordeaux.

L'officier a été condamné à huit mois de prison avec sursis et était en pleine procédure disciplinaire lorsqu'il a enregistré la plainte de Daoud. Il n'a été transféré d'un poste traitant du public qu'après sa mort.

>> FRANCE 24 sur le fémicide : Nos témoignages sur les violences faites aux femmes

« Défaillances administratives »

Huit mois jour pour jour après le meurtre macabre de Daoud, six policiers comparaîtront devant deux conseils de discipline - à Bordeaux et à Paris - le 4 janvier. Quatre policiers et commissaires de police, dont le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), présenteront leurs comptes. à Paris tandis que deux policiers seront entendus à Bordeaux.

Ces derniers sont soupçonnés de "fautes administratives", a indiqué Eric Marrocq, secrétaire régional du syndicat de police Alliance, dans des commentaires à l'AFP. "Un examen du dossier par la commission de discipline permettra de lever les doutes sur leur impartialité et leur professionnalisme", a-t-il expliqué. Les quatre supérieurs convoqués à Paris sont le commandant de la division ouest et le commissaire de Mérignac.

« C'est bien que la police sache maintenant qu'il peut y avoir des répercussions. Mais cela ne suffit pas », Julia* du collectif Féminicides par compagnons ou ex, a confié à FRANCE 24.

« Le problème ne vient pas seulement de la police, c'est tout le système. Le pouvoir judiciaire joue également un rôle clé. Si la police fait bien son travail et arrête quelqu'un, c'est au juge d'administrer la bonne sanction. Au lieu de cela, nous avons des récidivistes libérés trop rapidement et qui reviennent attaquer à nouveau. »

113 femmes en 2021

En 2019, 146 femmes ont été tuées par un conjoint ou un partenaire, soit une augmentation de 21% par rapport à l'année précédente. Suite à des manifestations à travers la France, le gouvernement a introduit l'utilisation de bracelets électroniques pour alerter les victimes lorsque leurs agresseurs sont à proximité en septembre 2020. Cette année-là, il y a eu une baisse des meurtres : selon les chiffres sur les violences conjugales du ministère de l'Intérieur, 102 femmes et 23 hommes ont été tués.

Daoud était la 39e des 113 femmes décédées aux mains d'un partenaire ou d'un ex-partenaire en France en 2021.

De 8h à 20h le 1er janvier 2022, il y a eu trois féminicides dans différents coins de France. La première victime a été poignardée à mort par son partenaire dans l'ouest de la France. Une deuxième femme a été tuée par son mari à son domicile dans le nord-est et la troisième victime a été étranglée par son ex-concubin puis cachée dans le coffre d'une voiture à Nice.


« Le début d'une nouvelle année est toujours une période délicate », a déclaré Julia. « Les gens ne veulent pas être seuls. Ils recherchent des partenaires même s'ils sont séparés – cela peut être une période très stressante. Nous voyons toujours des pics pendant les vacances, hiver comme été. On rappelle aux hommes qu'ils ne seront pas avec leur famille et qu'ils peuvent trouver cela très difficile à gérer. »

Noir de Nous Toutes estime qu'un changement radical doit se produire dans la façon dont la société française envisage la violence basée sur le genre.

« Cela doit se produire dans les médias, l'éducation, le système judiciaire – partout. Nous devons commencer à le considérer comme un problème systémique plutôt que comme un problème individuel. Dans les médias, par exemple, les féminicides sont souvent décrits comme un fait divers (actualité sensationnaliste) plutôt que comme un problème systémique et patriarcal. L'éducation est clairement un élément clé du changement qui doit se produire.

Le collectif Féminicides par compagnons ou ex recense tous les féminicides survenus en France depuis six ans – 770 décès depuis 2016.

« C'est une tâche difficile mais nécessaire de veiller à ce que ces femmes ne restent pas invisibles, qu'elles soient nommées chaque fois que possible et ne deviennent pas simplement l'une des nombreuses victimes anonymes d'un chiffre annuel mondial qui ne suscite pas beaucoup d'inquiétude ou d'indignation parmi les politiciens. ou même la société », indique le groupe sur sa page Facebook.

«Ce ne sont pas des 'drames familiaux' ou des 'drames de rupture' ou des 'crimes passionnels'. Ce sont des féminicides conjugaux perpétrés par des hommes frustrés qui pensent avoir le droit de tuer.

*Le nom a été changé

Jean Allard est un journaliste et rédacteur chevronné. Il est également le directeur de publication du journal Chatborgne.com. Passionné par les nouvelles technologies, Jean Allard est à l'avant-garde des innovations en matière de journalisme en ligne.
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